Panique à bord

  Autour de moi, il y a quelqu’un qui est en train de pisser par terre. Personne ne s’en est encore rendu compte et je ne sais trop quoi faire. C’est un vieux monsieur assis en face de moi, dans l’espace à quatre de la rame de métro. J’aimerais pouvoir changer de place mais tous les autres sièges sont pris et il y a déjà trop de monde dans les allées. Peut-être pourrais-je descendre à la station suivante et attendre le prochain train.

  Ah, ça me dégoûte. Le liquide jaune commence à s’amasser autour de sa chaussure et à couler vers l’arrière. Ma voisine s’est, elle aussi, rendue compte du problème mais, elle non plus, ne dit rien. Elle se contente de froncer les sourcils. Personne ne dit jamais rien de toute façon dans le métro. Le vieux monsieur, lui, a l’air hagard. Il regarde la vitre et sa bouche souffle imperceptiblement de la buée sur le verre. Ah! Ça commence à puer! Et j’ai les muscles des cuisses qui commencent à brûler à force tenir mes pieds en l’air. Mais c’est gare de Lyon-Châtelet, le trajet le plus long.

  Soudain un homme en costume se met à crier « Mais c’est quoi ce bordel! » Ses belles chaussures noires sont souillées et tous le monde autour commence à s’insurger, à se pousser désespérément pour éviter le trajet de la pisse qui suit son cours. « Mais vous ne pouvez pas vous serrer! Vous voyez bien qu’ici je ne peux pas mettre les pieds! » « Mais il n’y a déjà plus de place ici, comment voulez-vous que je fasse? » Un jeune homme tape sur l’épaule du vieux monsieur qui se retourne, hébété, comme si on venait de le réveiller. « Retenez-vous un peu mon vieux. » Le vieil homme alors regarde ses chaussures. Il a l’air si confus. Mais le métro arrive enfin à Châtelet; les portes de la 14 s’ouvre et tout le monde descend enfin.

Un peu de paix...
Sur la Mer sombre et froide - poème
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